Le chalut pélagique : définition, mécanisme et échouages de dauphins en France

Qu'est-ce qu'un chalut pélagique, comment fonctionne cet engin de pêche, pourquoi les échouages de dauphins reviennent chaque hiver dans le golfe de Gascogne et quelles espèces vivent sur nos côtes.

Beagle sur une plage de la côte atlantique, là où s'échouent les dauphins
Beagle sur une plage de la côte atlantique, là où s'échouent les dauphins

La réponse en une image

Un chalut pélagique est un grand filet remorqué entre deux eaux, dans la colonne d'eau et non sur le fond, par un ou deux navires qui visent les bancs de poissons nageant en pleine mer. Son mécanisme est simple : un cône de filet s'ouvre derrière le bateau, des panneaux ou un second navire en écartent l'entrée, et tout ce qui nage dans le volume balayé, poissons visés comme dauphins qui suivent les mêmes bancs, peut s'y trouver pris. Un dauphin capturé ne remonte pas respirer : il meurt asphyxié, et son corps rejeté ou perdu vient s'échouer sur le littoral, surtout en hiver, quand la pêche pélagique croise les dauphins communs dans le golfe de Gascogne.

Le site de campagne consacré aux échouages de dauphins documente ce mécanisme fiche par fiche : l'engin et sa réglementation, les chiffres de captures accidentelles, les zones où flottilles et dauphins se croisent, de la mer d'Iroise à la côte basque, et ce qu'un particulier peut faire d'utile. C'est la lecture de référence pour qui découvre le sujet.

Cette page fait le point, avec la même prudence que nos autres dossiers : ce qui est défini, ce qui est mesuré, ce qui reste incertain.

Le chalut pélagique : définition et fonctionnement

Le chalut est un filet tracté. « Pélagique » signifie qu'il travaille entre surface et fond, dans les couches d'eau où vivent les poissons de banc : sardines, anchois, maquereaux, merlus. L'engin se compose d'un corps conique terminé par une poche, le cul-de-chalut, ouvert en avant par une gueule maintenue béante par des panneaux divergents, des câbles et, dans le chalutage en paire, par la traction conjointe de deux navires. Le filet peut mesurer des centaines de mètres de tour de gueule ; son efficacité tient à sa géométrie, qui canalise le banc vers la poche sans que les poissons perçoivent la sortie.

On distingue le chalut pélagique du chalut de fond, qui racle le substrat, et du chalut bœuf, sa forme à deux bateaux qui balaie un volume encore plus large. L'engin ne sélectionne pas : il capture ce que sa maille retient. C'est cette absence de sélectivité vis-à-vis des espèces non visées qui fonde le problème des captures accidentelles de cétacés, ces prises que les pêcheurs eux-mêmes appellent captures accessoires et que la réglementation européenne encadre depuis des années.

Promenade le long du littoral, là où les échouages de dauphins sont signalés

Pourquoi le mécanisme tue un animal qui respire

Le dauphin est un mammifère marin : sa respiration est volontaire et pulmonaire, il doit atteindre la surface à intervalles courts. Un dauphin qui suit un banc de sardines ou d'anchois entre dans le même volume d'eau que le chalut qui le balaie. Retenu dans la poche du filet, il ne peut plus remonter : la mort survient par asphyxie en quelques minutes. Les corps retrouvés portent souvent les traces de cette capture : marques de mailles sur la peau, nageoires entaillées ou coupées lors du démêlage, becs cassés, lésions internes d'asphyxie relevées à l'autopsie.

Ce point mécanique explique pourquoi le débat porte sur l'engin et ses conditions d'emploi, et non sur une fatalité : les solutions testées, répulsifs acoustiques, caméras embarquées, fermetures temporaires de zones quand les dauphins y concentrent, visent toutes à rompre la rencontre entre le filet et l'animal. Elles fonctionnent diversement, coûtent ou contraignent la pêche, et leur efficacité réelle fait l'objet d'évaluations qui se poursuivent.

La saisonnalité des échouages : golfe de Gascogne et Bretagne

Les échouages de dauphins sur la côte atlantique ne sont pas répartis au hasard du calendrier : ils culminent en hiver, de décembre à mars, quand les dauphins communs se rapprochent des côtes en suivant les bancs de petits poissons, au même moment où la pêche pélagique travaille ces mêmes concentrations. Le golfe de Gascogne, de la pointe bretonne au pays basque, concentre l'essentiel des signalements, avec des épisodes en Bretagne et en mer d'Iroise selon les années et la distribution des proies.

Le décompte des corps échoués est tenu par un réseau national de correspondants qui relèvent chaque animal trouvé sur le littoral. L'observatoire Pelagis, coordonné depuis La Rochelle, centralise ces données d'échouages de mammifères et d'oiseaux marins et publie les bilans de la saison. Point méthodologique que le site rappelle lui-même : le nombre de corps sur les plages n'est pas le nombre de morts en mer, car une partie des animaux tués coule ou dérive au large ; l'échouage est un indice minimum, pas un total.

Les sept espèces présentes en France

Sept espèces de dauphins fréquentent les côtes françaises de façon documentée. Le dauphin commun, l'espèce de loin la plus échouée, petit delphinidé au patron de couleur en sablier sur les flancs. Le grand dauphin, trapu, au bec court, familier des estuaires et de la mer d'Iroise. Le dauphin bleu et blanc, plus océanique, rayé de bleu sur fond clair. Le dauphin de Risso, massif, marqué de cicatrices blanches et au front carré. Le dauphin à flancs blancs, atlantique, aux taches claires latérales. Le dauphin à long bec, plus rare et gracile. Et le marsouin commun, techniquement un phocénidé et non un dauphin, petit, discret, dont les échouages se mélangent aux mêmes saisons.

Cette liste importe parce que la lecture d'un échouage commence par l'identification : chaque espèce a sa distribution, ses proies, son exposition aux engins. Le dauphin commun supporte l'essentiel des pertes hivernales parce que ses habitudes le placent exactement là où le chalutage pélagique est le plus intense pendant sa saison d'approche du littoral.

Ce que l'échouage dit, et ce qu'il ne dit pas

Un corps sur le sable est une donnée : espèce, sexe, taille, état, lésions. Lu par le réseau, il alimente la connaissance du phénomène ; lu isolément, il prête à l'erreur. Un dauphin échoué n'a pas forcément été capturé par un filet, il peut être mort de maladie, d'une collision, de causes naturelles, et seuls les relevés complets, parfois l'autopsie, distinguent les cas. Inversement, l'absence de marques externes ne prouve pas une mort sans capture. C'est pourquoi les observateurs demandent de signaler sans déplacer, photographier sans toucher, et laisser l'analyse aux correspondants habilités.

Le promeneur avec son chien face à un échouage

Pour le lecteur de ce guide qui marche son beagle sur une plage de l'Atlantique, la rencontre peut arriver : un corps de dauphin rejeté par la marée. La conduite tient en trois gestes simples : tenir le chien à distance, car un cétacé échoué, même mort, est un animal protégé qu'il est interdit de déplacer, et dont le contact expose à des agents infectieux ; photographier l'animal et le lieu pour le signalement ; prévenir la mairie ou le réseau d'échouages, qui enverra un correspondant. Un dauphin trouvé vivant impose encore plus de distance et d'appel immédiat : on ne le remet jamais à l'eau soi-même.

Comprendre l'engin qui se joue au large de ces plages, c'est aussi comprendre ce que le corps sur le sable raconte. Le mécanisme est connu, la saison est connue, les espèces sont connues : ce qui se discute encore, et ce que suivent les fiches citées plus haut, c'est la manière de réduire la rencontre entre le filet et l'animal qui respire.